Le courage n’est pas une compétence, mais comme elle, il s’acquiert. Le courage est une qualité rarement exigée à l’embauche, mais il peut mener loin.
«Êtes-vous courageux ?» J’aime poser cette question en entrevue. Ce n’est pas la réponse qui m’intéresse, mais ce qui la motive. Pourquoi s’estime-t-on courageux, ou pas. Certes, le courage constitue rarement un critère d’embauche. On lui préfèrera le leadership, l’entrepreneurship, l’autonomie ou de sens de l’organisation.
Pourtant, ce qui vous est demandé au travail est bien d’aller de l’avant, de défendre vos idées, vos projets et votre équipe, avec conviction. Il parait même que l’on reconnaît les grands leaders dans l’adversité. Faire preuve de courage, c’est entreprendre quelque chose, se lancer dans l’inconnu et quitter son confort. C’est dans l’énergie que l’on y met que l’on rencontre le succès et cela ne date pas d’hier. « Il n’y a point de bonheur sans courage… » disait Jean-Jacques Rousseau.
Le courage n’est pas inné. Il s’acquiert et se développe. Cette qualité se mesure dans la capacité à surmonter ses peurs (non pas à ne pas en avoir) car c’est souvent la crainte qui nous empêche d’aller de l’avant et qui nous fait baisser les bras. Peur de paraître ridicule, peur de ne pas réussir … Je me souviens encore de ma première intervention devant un amphithéâtre bondé de près de 800 étudiants en économie à qui je devais vanter les avantages de se joindre à l’institution financière que je représentais. J’étais une jeune professionnelle à peine plus vieille qu’eux. J’ai cru un moment que je n’aurais jamais le courage de monter sur l’estrade et de faire face à cette foule. Le courage s’apprend donc dès les premières années de sa carrière et il se développe au gré des évènements. D’autres diraient « en se faisant violence ».
Du courage, pour soi et les autres
Que l’on soit gestionnaire ou professionnel, nous devons parfois prendre des décisions ou accomplir des choses qui nous semblent au-dessus de nos moyens. Ce sont dans celles qui paraissent les plus difficiles que nous retirons la satisfaction d’être parvenu à un résultat. Les exemples ne manquent pas : réorienter sa carrière, quitter son emploi, demander une promotion, négocier une augmentation, défendre un projet qui nous tient à cœur ou encore remercier un employé sont des actes qui demandent du courage.
Le courage c’est aussi accepter de déplaire, dans l’intérêt d’un projet, de l’entreprise et de la personne heurtée. Dans le jargon des ressources humaines, cela s’appelle du courage managérial. Il implique de communiquer sa vision, d’expliquer clairement à ses employés ce qu’on attend d’eux et les impliquer, ce qui n’empêche pas d’être ferme. Imposer sa décision et user de son autorité, par contre, n’a rien de courageux. La solution facile consiste en effet à écarter d’emblée tout risque d’être contesté (sauf, peut-être, dans les couloirs).
De même, ne jamais oser exprimer son point de vue ou défendre ses idées ne sont pas plus utiles pour avancer. Comment votre patron peut-il connaître vos ambitions si vous ne lui laissez pas même entrevoir le bout de vos projets ? Et c’est la même chose à l'égard des clients. Il faut démontrer du cran pour refuser une proposition irréaliste, que ce soit en raison des délais ou des prix, ou encore parce qu’elle va à l’encontre de votre éthique. Les concessions sur le plan éthique ne sont ni bonnes pour l’estime de soi, ni très efficace pour la performance.
L’autre courage
L’humilité appartient aussi au courage. Il en faut pour sonder l’opinion de vos collaborateurs et de vos collègues et admettre que vous n’êtes pas infaillible. Reconnaître ses propres faiblesses, voilà une belle preuve de courage. On apprend de nos succès et de nos erreurs et c’est en usant de notre jugement et de notre cœur que l’on sait trouver la force pour résister l’envie de faire l’autruche.
Quel sera votre acte de courage aujourd’hui ?
Retrouvez la chronique carrière de Nathalie Francisci en avant-première chaque mois dans Affaire plus